Pourquoi donc ? Tu t’interroges, lecteur inexistant, c’est que tu ignores le parcours fabuleux d’un homme qui, par son travail profond et
détaillé, à sans doute écourté (un peu) le conflit du Vietnam. Donc parce que son intransigeance et son énergie avaient fini par le faire croire immortel.
Son premier job, Griffiths l’obtient en 1961 à l’Observer. Lui l’impénitent voyageur a déjà quitté son Pays de Galles natal pour Londres. Le mouvement élevé
au rang de principe mais pas seulement.
Il se familiarise avec les conflits armés en Algérie, dès le début de la guerre. Il séjournera ensuite en Afrique centrale. Mouvement mais aussi souci de
comprendre et de photographier au plus juste.
Le temps de se faire la main. Le temps que Johnson décide d’engager les Etats-Unis au Vietnam. La terre de naissance photographique, à mon sens, de
Griffiths. Il y fera plusieurs séjours entre 1966 et 1971, il signera plusieurs ouvrages sur cette guerre et ses conséquences.
Parmi eux « Vietnam Inc ». Un chef d’œuvre de journalisme et d’analyse. Si près d’un conflit si meurtrier, il en tire les conclusions les plus
cinglantes. Un ouvrage foisonnant d’anecdotes, vécues, qui illustrent terriblement le degré d’impréparation des Américains et, par voie de conséquence, l’impact sur les Vietnamiens.
Griffiths signe un livre référence.
Mais il continuera son périple au Cambodge, en Israël, au Koweït. Là où ça cogne, là où ça vit. Un peu à l’image de l’agence Magnum qu’il présidera au début
des années 80.
Alors voilà, Griffiths n’est plus tout à fait et il reste tout à fait. 72 ans et des années encore.
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Depuis le 10 février, le Laboratoire présente une exposition d’une rare densité. Subtile mélange entre les photos de Nachtwey et les films du réalisateur américain Asa Mader. Le Sida,
la tuberculose… le drame des maladies infectieuses dans les pays pauvres est ici abordé avec beaucoup d'intelligence.
James Nachtwey n’est plus un photographe que l’on présente. Le temps manque toujours pour faire le tour d’une carrière qui l’a conduit des terres afghanes à
celles africaines. Photographe « anti-guerre » comme il se définit. Avec un souci récurrent : photographier dans l’espoir « d’avoir une incidence sur les comportements
humains ». L’ambition est exemplaire.
Pendant des mois, il a accompagné une scientifique, Anne Goldfield, dans des dispensaires au Cambodge, en Afrique du sud, en Sibérie. Là où l’on meurt de
maladies infectieuses. Là où l’on meurt dans des souffrances indicibles et dans la misère la plus indigne.
Nachtwey livre un témoignage terrible. Tout en regards et en mains. Quand l’espoir n’est plus de mise, les regards sont vides et la présence des proches le
dernier réconfort. Noir et blanc pudiques mais parfois insoutenables.
Asa Mader accompagne les tirages par deux films. L’un sur James Nachtwey, peine à capter l'attention. L’autre, sur le travail des scientifiques œuvrant au
quotidien auprès des malades, est une vraie réussite.
Cette exposition signe avec brio l’alliance entre la science et l’art. Elle ouvre aussi la voie à un photojournalisme assumé. N’ayant plus à choisir entre
une presse qui le néglige et les murs trop orgueilleux d’un musée silencieux.
Car les photos de James Nachtwey font un bruit assourdissant. Un bruit honteux. C’est dur, bouleversant, « on a deux yeux de trop ».
Jusqu'au 17 mars au Laboratoire
4,
rue du Bouloi
75001 Paris